Les corps.
Et les masses charnières qui s'abreuvent
du désir, fou, prenant et irrésistible, encore,
Comme aux premieres lueurs des jours humains,
Stupides et avides de matières a posséder, toujours,
Comme des animaux sur le cadavre fumant, larmoyant,
De vers et de chair exposés au ciel -silencieux,
Comme des chiens cherchant la douce femelle :
A se battre pour l'avoir à soi!
Les jeunes garçons, tous fougueux et transpirants,
De sensualités exquises et de mets si savoureux,
Qu'aucun homme n'y résiste, qu'aucun fou n'y cède!
Il faut être Grand pour saisir telle chaleur,
Telle conviction, entre leur jambes écartées,
Comme des pétales brusquées par le vent printanier
Ces soldats là, c'est avec le feu qu'ils vous tuent,
C'est avec leur mains qu'il vous saisissent, ces Vampires.
Ah que par ces froids hivers, traversant peines et souvenirs,
J'ai pu osé vouloir leur langue sur mes hanches,
Leur amour sur le c½ur et leurs mensonges derrière le dos,
Que j'ai pu être saisi par leur beauté mystérieuse,
Que j'ai pu plier à l'appel de leur bouches humides,
Prêtes à dégainer les fruits du charme démoniaque!
.Que de poèmes, que d'océans, coulant sur leur poitrine,
Comme des fleuves de terreur, des cris qu'on assassine.
On met la main là où il faut. On la pose tel un délice,
On la contemple pleine de doigts asservis, rougeâtres,
Chauffés par le souffle vertueux des Enfers érotiques!
Collines, montagnes, contrées perdues et poussières infimes,
Des flashs de lumières pour nos regards fermés, nos pupilles dillatées,
Nos corps en extase, l'un dans l'autre disparaissant peu à peu.
En vérité je vous le dis, j'ai disparu contre son flanc,
Je me suis mué à son allure, j'ai fondu dans ses jambes,
Et mon âme entière s'est marié à ses grandeurs.
Ces Hommes là, et ces désirs, ne font que de brefs supplices,
On s'y attache, on joui, et l'on se perds dans nos propres néants,
Réveillés par le vide de nos consciences, de nos esprits,
Tués, bêtes, insipides et orgueilleux.
J'ai donc quitté non pas la chair mais la matière,
Et ses désirs vains, voués aux bas esprits,
Je croyais en l'abondance des coïts,
J'ai appris la rareté des Grandes choses,
Et les fleurs, et les roses, et les cieux,
Et les tempêtes de splendeur, au fin fond de ses yeux,
À l'Autre, le vrai, le seul ange qui puisse avoir les ailes d'un Homme,
Le seul bourreau qui puisse me faire grâce. L'Autre,
Cet étranger si familier, dont j'ai tout appris encore,
Et toujours, jusqu'au dernier souffle de ma vie.
